Geiko Monogatari – Extrait

Je vous propose de lire « La Danse des Geishas », extrait du recueil Geiko Monogatari ~ Histoires de Geishas.

Geiko Monogatari - Histoires de Geisha

L’okiya résonnait des rires et des chants des invités et de leurs hôtesses. Il était près de minuit et la lune se reflétait dans le petit étang où sommeillaient les carpes au nom évoquant l’amour.

Une geisha et son apprentie glissaient dans les couloirs, la soie de leurs kimonos ne troublant guère la nuit de son chuchotement sensuel. Dans la petite pièce reculée où elles s’arrêtèrent les attendaient deux hommes de la meilleure société : un habitué et son futur gendre qui découvrait les joies sages de l’okiya. Tandis qu’une troisième geisha arrivée peu avant entamait son chant accompagnée de son shamisen, la geisha et la maiko s’assirent – graciles – aux côtés des deux messieurs. Ceux-ci fêtaient les fiançailles du garçon à la fille cadette de l’autre. Ils buvaient pour l’occasion un excellent saké que les deux jeunes femmes leur servaient avec élégance, laissant parfois paraître leur poignet en relevant quelque peu leur manche, révélant la peau de nacre par ailleurs dissimulée par leur tenue élaborée. Après tout c’était le genre de petits plaisirs innocents qui devenaient des récompenses subtiles pour les clients les plus agréables.

Par la suite, toujours accompagnée du shamisen de leur consœur, elles dansèrent. Parfaitement coordonnées, elles levaient les bras, saisissaient les pans de leurs manches, ouvraient leurs éventails, décrivaient des arcs de cercles qui rappelaient la route céleste de l’astre solaire. Leurs pieds glissaient en silence, surgissant parfois de sous les plis multiples de leurs kimono, dévoilant un tabi blanc immaculé. Tout leur corps vibrait avec les cordes du shamisen : tout en souplesse et en tension. Leur silhouette gracile finit par s’immobiliser, offrant au regard la nuque et son sanbon ashi enfin dévoilés.

Mais l’heure tournait, il leur fallait désormais se rendre dans une autre maison où elles étaient attendues. Courbant à nouveau leurs corps – pour saluer cette fois – les deux jeunes femmes sortirent de la chaude lumière pour rejoindre les rues enneigées. La neige étouffait tout à fait le son de leurs geta d’habitude sonnantes, si bien qu’elles semblaient glisser dans les blanches ruelles. En vérité, l’humidité alourdissait plus encore leurs tenues déjà pesantes – mais il n’y paraissait point et des dizaines de geisha suivies de leurs servantes shikkomiko se croisaient ainsi dans les allées du quartier des plaisirs, valsant de maison en maison dans un interminable bal nocturne.

L’aube venue, elles pourraient gagner leurs futons après s’être défaite de leurs vêtements d’apparat et de leur épais maquillage. Alors, elles profiteraient enfin d’une courte nuit diurne afin de se préparer à danser plus encore, danser toute la nuit…

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